POINT DE PRESSE DU MANIDEM DOUALA, LE 06 AOUT 2015

Mesdames, Messieurs les Journalistes

Honorables invités,

Chers Camarades,

Je vous souhaite la bienvenue au siège de notre parti où vous avez été conviés ce jour pour ce point de presse du MANIDEM.

Il porte sur deux sujets :

  • Les suites de la visite de François HOLLANDE au Kamerun
  • La guerre contre BOKO HARAM.

Il ne s’agit pas de nouveaux points de l’actualité, mais de sujets qui, ces derniers temps, ont suscité d’importantes controverses chez les leaders d’opinion. Le MANIDEM ne s’était pas encore prononcé dans ces débats. C’est l’occasion, aujourd’hui de faire savoir à l’opinion nationale et internationale les positions officielles de notre parti à ces propos.

  1. LES SUITES DE LA VISITE DE FRANCOIS HOLLANDE.

La visite d’Etat que le Président français, François HOLLANDE a effectuée au Kamerun a été présentée, comme une visite de coopération, au cours de laquelle notre hôte devait apporter une manne, pour donner un coup de pouce aux projets structurants du REGIME. Des conventions de financement ont été signées. Malheureusement pour les deux partenaires « je t’aime, moi non plus », les milliards ainsi promis au Kamerun n’ont pratiquement retenu l’attention de personne.

Celle-ci s’est cristallisée autour des propos du Président français qui a affirmé ceci :

« C’est vrai qu’il y a eu des épisodes extrêmement tourmentés et tragiques même. Puisqu’après l’indépendance, il y a eu une répression en Sanaga-Maritime, au pays Bamiléké, et nous sommes, comme je l’ai fait partout, ouverts pour que les livres d’histoire puissent être ouverts, les archives aussi. »

Il a suffi de ces quelques mots, pour que s’anime le débat sur le contentieux historique entre la France et le Kamerun.

De nombreux compatriotes ont interprété cette réponse du Président français, comme un petit pas, dans le sens de la reconnaissance du contentieux historique entre nos deux pays. A partir de cette interprétation, trois chemins ont été empruntés :

  • D’abord la mise en exergue de deux « pays » – les Bamilékés et les Bassa – qui auraient subi la répression française. De là à dire que « ces héros de la lutte pour l’indépendance» ont été écartés du pouvoir politique, il n’y a qu’un pas que certains ont allègrement franchi, en rappelant la fameuse phrase du Commandant Lamberton, phrase selon laquelle l’indépendance du Kamerun aurait un caillou dans sa chaussure. Malheureusement, les tenants de cette thèse ne vont pas au bout de leur logique : s’agit-il de dire que les Bamilékés et les Bassas, qui ont payé le plus lourd tribut pour l’indépendance ont été écartés du pouvoir politique et que c’est cela le contentieux historique entre la France et le Kamerun ?
  • Ensuite, la revendication de « Kamerun, libérateur de la France, lors de la 2ème guerre mondiale». Ici, la question est d’une autre nature : c’est Douala qui a accueilli Leclerc, commandant de la colonne qui libèrera progressivement la France. Cette colonne militaire compte en son sein des Kamerunais qui, devenus anciens combattants, n’ont pas bénéficié ou pas totalement de leurs pensions.

La France doit assumer !

  • Enfin, l’importance des archives encore sous secret. Selon cette thèse, quelques informations parcellaires sur la gestion du Kamerun par la France peuvent fonder le mécontentement et ne seront clarifiés qu’avec la dé-classification totale des archives de l’époque.

Dans l’un et l’autre cas, ces analyses ne contribuent ni à éclairer l’opinion sur la France dans l’embrigadement du développement économico-socio-politique de notre pays. Ce sont pourtant des questions fondamentales de l’heure auxquelles, ni HOLLANDE ni aucun autre Président français ne peut apporter de réponses. Ces dernières doivent venir des Kamerunais.

Le chemin pour y arriver commence par une définition précise du contentieux historique qui oppose notre pays à la France.

Au cœur de cette définition se trouve la question de la réunification du Kamerun.

La position du MANIDEM sur ce problème comprend deux articulations :

  • Une définition précise de ce qu’est le contentieux historique entre la France et le Kamerun,
  • Les conséquences de ce contentieux sur la vie politique de notre pays.

Nous considèrerons donc La France comme principal responsable de l’étouffement du projet national du Kamerun

Mais avant d’y arriver, permettez-moi d’évacuer deux escroqueries politiques, contenues dans les propos de François HOLLANDE.

En premier lieu relevons que le Président français parle de répression, alors que  bon nombre de ses compatriotes définissent l’activité de la France, comme une guerre.

Cette volonté de minimiser ce qui s’est passé, est-elle innocente ? Assurément que non !

En se positionnant sur le terrain de la répression, il est loisible de se rendre à l’évidence qu’il tente de légitimer l’autorité de la France dans notre pays. Or, quel était le contenu de la mission de tutelle qui avait été confiée à la France et à l’Angleterre ?

Elle consistait à « accompagner le pays sous tutelle vers l’indépendance ». C’est pourquoi Ruben UM NYOBE dénonçait ce comportement de la France, au Congrès dit de « l’Unité » de Kumba de 1951 En clair donc, la France menait la guerre au Kamerun, pour exploiter les richesses de notre pays et servir son développement. Dans cette perspective, plus le Kamerun arriverait affaibli à son indépendance et mieux cela valait.

En second lieu, il situe cette répression après l’indépendance. Ce qui  lui offre le confort d’évacuer l’essentiel du conflit historique entre nos deux pays.

N’est-ce pas la France qui mérite mieux que quiconque qu’autre entité d’être en premier au banc des accusés ?

N’est-ce pas encore et toujours cette France qui s’est obstinée à refuser que la réunification ne précède l’indépendance ?

N’est-ce pas la France qui est responsable de la perte d’une partie de notre territoire ?

Ces interrogations me permettent d’introduire mon propos sur le contentieux historique entre nos deux pays.

Il date des années 1950. Voici ce qu’en dit Ruben UM NYOBE au congrès de Kumba : «Il est certain que nous aurions été très satisfaits et n’aurions eu à présenter aucune réclamation si ce que je viens d’énumérer nous était accordé aisément par l’autorité administrant et si une promesse ferme nous était donnée par exemple sur la question d’unification et sur celle concernant la fixation d’un délai pour l’accession de notre pays à son indépendance. Mais il n’en est rien. »

Dans cette brève citation, UM NYOBE résume en fait ce qu’est le projet national du Kamerun : avant la tutelle, notre pays était uni, il doit retrouver cette union avant toute avancée vers son indépendance. Chief MUKETE ne dit pas autre chose dans son livre « Histoire de la réunification », lorsqu’il affirme que le sens de la réunification est la volonté des Kamerunais anglophones de sauver le Kamerun oriental. Vous savez qu’il ne s’agit pas d’un sympathisant de l’UPC de l’époque.

Tout cela sort de nos archives, les vraies !!!

Depuis la nuit des temps, la France a toujours mis de gros moyens pour étouffer ce projet national du Kamerun, d’abord en s’opposant au projet d’indépendance et en réduisant les indépendantistes à quelques poignées d’agités. C’est exactement sur le même terrain que se place François HOLLANDE, lorsque plus de soixante ans après ses prédécesseurs, il reconnaît une répression sur les indépendantistes en Sanaga-Maritime et en pays Bamiléké.

Les conséquences de ce refus, dans notre vie politique sont de trois ordres :

  • Le référendum de 1961. C’est un cas d’école du parti pris des Nations Unies, lorsqu’il s’agit de soutenir les positions des pays dominants. Le Kamerun occidental placé sous tutelle anglaise a voté majoritairement pour son rattachement au Kamerun, mais dans le lot, certaines circonscriptions dans lesquelles des Nigérians avaient participé au vote, parce qu’elles se sont prononcées majoritairement pour leur rattachement au Nigéria, ont été rattachées au Nigéria ;
  • La réunification de 1961 et l’unification de 1972 ont été vidées de leur contenu. Leur ambition était d’amener le Kamerun à recouvrer ses frontières « allemandes ». d’où l’orthographe du Kamerun avec « K» que soutient le MANIDEM.

Aujourd’hui, malgré le tapage médiatique, cette mission historique a échoué, pour donner la place à la revendication de quelques postes ministériels et de direction des entreprises publiques ;

  • Le vide politique. Dans toutes les propositions que Ruben UM NYOBE a formulées pour sortir le Kamerun de la crise, il a fait état de la nécessité de combler « le vide politique », créé par l’interdiction de l’UPC. La signification de cette revendication est que l’absence d’une telle force politique conduit à une situation politique où le leader de la seule force qui subsiste est déifié. En conséquence, il ne se sent pas obligé d’ouvrir un dialogue politique avec ses concitoyens.

Si le contentieux historique entre nos deux pays est donc ainsi défini, il est clair que ce n’est pas de François HOLLANDE ou d’aucun autre Président français que viendra la solution. Dans le même ordre d’idée, la dé-classification des archives ne contribuera aucunement à notre vivre ensemble.

Les Kamerunais ont le devoir d’apporter des solutions consensuelles à ces trois problèmes.

  1. UN POINT SUR LA GUERRE CONTRE BOKO HARAM.

Dans une conférence de presse, nous avons eu l’occasion de dire ce qu’est notre grille de lecture de la guerre contre BOKO HARAM. Nous disions alors qu’elle doit être analysée, en tenant compte du contexte caractérisé par trois éléments. C’est la même grille que nous utilisons pour faire le point qui suit.

En premier lieu, la situation de l’Etat, susceptible de susciter des menaces d’instabilité. Le prix du pétrole est demeuré faible, ne permettant pas à l’Etat Kamerunais de dégager plus de moyens pour financer cette guerre, dont la nature a changé, passant d’une guerre en forme de guérilla aux frontières à une guérilla urbaine. En d’autres termes, l’Etat n’a pas réussi à s’approvisionner en matériels de guerre sophistiqués, même si son alliance avec les autres Etats autour du Lac Tchad est de nature à porter des coups sérieux à BOKO HARAM du Nigeria. C’est le lieu d’insister sur le fait que, malgré la similitude des méthodes et peut-être une certaine coopération entre le BOKO HARAM Kamerunais et celui du Nigeria, elles sont d’essence différente. En conséquence, l’Etat devrait au lieu de maintenir cette confusion, en taisant les informations recueillies par les forces de sécurité, depuis qu’on parle d’arrestations de suspects, informer précisément les Kamerunais sur le type de dangers qui les menacent. A défaut, il prend le risque que les attentats suscitent chez les

Kamerunais, des réactions de nature à accentuer la panique, voire de représailles, avec les conséquences qu’on peut imaginer.

Comme pour confirmer que BOKO HARAM est une rébellion kamerunaise, voici qu’au moment où ce mouvement semble le plus menaçant avec ses attentats, l’ETAT-PARTI lance le renouvellement de ces organes de base, qui vont mettre en branle des meetings et autres rassemblements.

Offre-t-il ainsi de la chair aux islamistes en manque de publicité, ou est-ce une manœuvre, pour compter les siens et s’assurer que pendant trois mois, ils ne travailleront pas à mi-temps pour BOKO HARAM ?

Profite-t-il de cette situation pour :

  • Régler les problèmes de clans qui ont plombés le remaniement ministériel ?
  • Renforcer sa dictature sur le peuple kamerunais qui n’aurait plus de choix ?

En second lieu, la faiblesse structurelle de l’Etat. Elle s’est montrée criarde hier, au regard de la qualité des armements. Aujourd’hui, c’est sa capacité à entretenir un véritable dialogue avec ses populations qui est en cause. Certes, on voit çà et là, des gouverneurs de région organiser des réunions de sécurité, qui débouchent sur certaines mesures.

Mais, à quand une véritable information quant aux mesures prises, pour prévenir les risques ?

Et surtout pourquoi ne pas une fois pour toute  penser à une coordination d’ordre nationale de ces mesures ?

Ne pas le faire amène les populations à se « nourrir » de la rumeur, qui transporte souvent des informations dont la véracité n’est pas garantie, avec le risque que cela provoque des paniques infondées.

Enfin, il y a le risque que « nos amis étrangers » soient tentés, pour sécuriser leur approvisionnement en ressources minières sur un long terme, ébranlent l’immobilisme, tant décrié sans que jamais un remède lui soit trouvé par le pouvoir en place.

Ceci devient d’autant plus probable que le Président de la République, au lieu de briller par ses réalisations, se fait remarquer par ses bourdes du type, « ne dure pas au pouvoir qui veut, mais qui peut ». Une telle situation pourrait, si elle n’existe pas déjà, conduire à des rapprochements entre notre rébellion séparatiste, rebaptisée BOKO HARAM, pour les besoins de la cause, et « nos amis étrangers », pour écourter l’agonie d’un régime bloqué depuis des années. Cette perspective nous semble la plus à craindre actuellement. Car, elle est de nature à répéter le contentieux historique des années 1950 qui a mis à la tête de notre pays un régime que presqu’aucun Kamerunais ne voulait.

  • LE MANIDEM DEMANDE AUX FORCES PUBLIQUES DE FAVORISER LA GESTION DES RENSEIGNEMENTS LIES A CETTE GUERRE PAR LA SOCIETE CIVILE ET LE CLERGE A QUI LES POPULATIONS PEUVENT ENCORE FAIRE CONFIANCE.
  • LE MANIDEM NE VEUT PAS DE CETTE REPETITION. IL EN APPELLE AUX AUTRES PARTIS POLITIQUES ET AUX ASSOCIATIONS DE LA SOCIETE CIVILE POUR UNE FORTE MOBILISATION CONTRE UN CHANGEMENT A LA TETE DE L’ETAT KAMERUNAIS, QUI SERAIT PILOTE DE L’EXTERIEUR.

LE MANIDEM DIT CE QU’IL FAIT  ET FAIT CE QU’IL DIT.

Je vous remercie !

Pour le Bureau Politique

  Le Président National

                                                                                                              Dieudonné YEBGA

2018-08-22T06:51:31+00:00

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