Manuel d’accueil du nouveau militant

PREFACE

S’il y a un principe fort que le mouvement nationaliste Kamerunais a donné en héritage à notre peuple, c’est l’importance qu’il convient de donner à la formation politique de ses militants, en particulier, et aux masses populaires, en général.

Ce n’est pas un hasard, si les fondateurs de l’Union des Populations du Cameroun (UPC) sortent des Cercles d’Etudes, créés dans notre pays, au lendemain de la seconde guerre mondiale, cercles où ils ont appris quelques rudiments de l’organisation et de la conduite des luttes populaires et sociales. C’est parce que ces derniers avaient compris, à travers ces enseignements trois leçons importantes :

  • d’abord que seule l’action des masses est capable de produire le changement de leurs conditions de vie. D’où le mot d’ordre que notre parti, le Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie (MANIDEM) a lancé dès sa création : « tout dépend de vous ; » Ceci signifie, au vingt et unième siècle, que comme l’indépendance du kamerun n’a été obtenue que grâce à la lutte que beaucoup de ses enfants ont menée, souvent en sacrifiant leur vie, le régime de Paul Biya ne s’occupera des problèmes des kamerunais que le jour où ceux-ci vont se mettre en mouvement, pour revendiquer que cela soit fait. Et s’ils engagent un tel mouvement, il n’y a pas de doute, ils renverseront ce mauvais régime ;
  • ensuite que la formation politique est la boussole qui oriente l’action des masses populaires. En quoi consiste cette formation ? Essentiellement en trois sortes de composantes :
  • l’expérience des autres peuples qui ont engagé, avant ou en même temps que le peuple kamerunais, des luttes d’émancipation, pour prendre en mains leur propre destinée,
  • la théorie révolutionnaire qui est un ensemble d’expériences révolutionnaires qui ont fait leurs preuves, dans la conduite des luttes populaires,
  • l’histoire des idées et des concepts qui met en lumière que certaines idées peuvent être révolutionnaires et perdre de leur consistance, parce que le contexte dans lequel elles doivent s’appliquer a évolué ;
  • enfin que, même si des luttes spécifiques peuvent apporter quelques avancées sur la situation des populations, c’est la conquête de l’Etat par les masses populaires qui demeure la seule garantie d’une amélioration sensible de leurs conditions de vie. C’est avec le contrôle de l’Etat que les masses populaires s’assurent que les richesses produites par leur pays seront orientées, vers la satisfaction de leurs besoins, au jour le jour.

 

La tradition du mouvement nationaliste kamerunais est donc qu’ au centre du dispositif de la lutte, il place la formation politique. Elle s’adresse d’abord aux militants qui doivent s’approprier ses enseignements, pour les essaimer ensuite dans les masses populaires, et ainsi créer les conditions, pour que celles-ci rejoignent, du fait de leur propre expérience, le MANIDEM.

La formation politique du Manidem est structurée en trois niveaux :

  • l’Ecole de base. Elle se propose de fournir aux apprenants des outils, pour :
  • l’initiation aux organisations politiques,
  • l’initiation à la sociologie,
  • l’initiation à l’économie politique ;
  • l’Ecole moyenne. Elle s’adresse aux cadres du Manidem. Dans notre parti, les cadres sont des militants qui ont fait la preuve de leur engagement et de leur disponibilité, pour l’action militante. Ces dispositions les amènent à être demandeurs d’une formation qui met l’accent sur :
  • les questions de direction : la fixation des objectifs, la conduite des programmes d’actions, les modes de décision et le fonctionnement des équipes dirigeantes,
  • les problèmes politiques du pays : les alliances politiques, le tribalisme, la gouvernance du pays, les relations internationales,
  • les choix économiques du pays :
  • l’Ecole supérieure s’adresse aux dirigeants du parti. Elle leur apporte des connaissances dans trois sortes domaines : la négociation, l’organisation de l’Etat et la planification du développement économique et social.

Ces trois niveaux de formation constituent des étapes que tout dirigeant du MANIDEM doit parcourir. Une telle affirmation peut laisser croire qu’une fois qu’un militant a franchi ce parcours, il est automatiquement un dirigeant du MANIDEM. Cette compréhension serait complètement erronée, puisqu’au début de cette préface, nous avons énoncé un principe de base qui caractérise le mouvement nationaliste kamerunais ; à savoir que la formation politique constitue la boussole de l’action des masses. Ceci signifie que c’est le militant qui aura acquis les connaissances dispensées à travers cette formation, et les auraient transformées en levier, pour amener les masses à participer, de plus en plus, dans les luttes populaires et sociales qui s’affirmera comme un digne dirigeant du MANIDEM.

Tout lecteur de ce document comprendra donc que le MANIDEM ne prend pas à son compte, les mauvaises politiques d’éducation des régimes néocoloniaux successifs qu’eux-mêmes qualifient d’inadaptées aux besoins.

La formation du MANIDEM découle d’un projet de société. Elle ambitionne de faire en sorte que chaque militant de notre parti, dans un premier temps, mais aussi de plus en plus de compatriotes après, puisse s’approprier le fonctionnement réel du monde ainsi que les choix éclairés du peuple kamerunais, dans sa quête de plus de liberté et de bien-être.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Section 1 :      QUELLE EST LA VISION DU KAMERUN, DU MANIDEM ? QUE VEUT-IL POUR LE PEUPLE KAMERUNAIS ?

Comment le Manidem voit le Kamerun actuel et ce qu’il veut pour le peuple kamerunais

Dans la première section de ce manuel, nous allons découvrir successivement :

  • Ce qu’est un parti politique
  • Le Manidem en tant que parti politique
  • La vision du Manidem de notre société
  • L’idéologie du Manidem
  • La stratégie du Manidem

Introduction

Pour que les choses s’améliorent, il faut que les jeunes, les femmes et les hommes s’unissent et décident de travailler, de lutter pour changer leurs conditions de vie. On ne s’unit pas POUR rien. C’est pour que ça change. C’est également vrai qu’on ne s’unit pas DANS rien. Parfois, on crée des associations, des groupements d’initiatives communes (GIC) et même des partis politiques. .. Ce qui nous divise aujourd’hui, ce sont certains partis politiques qui nous transforment en bétails électoraux, pour que nous portions les riches au pouvoir et que nous les y maintenions. Ce qui peut nous unir aujourd’hui, pour que nous puissions améliorer nos conditions de vie, c’est un autre type de parti politique. En quoi le Manidem est-il ce parti ? C’est de cela que nous allons parler en examinant brièvement l’idéologie et la stratégie du Manidem.

  1. Qu’est-ce qu’un parti politique ?

Un parti politique est un outil, un instrument, une organisation dont se sert un groupe de personnes dans la société pour conquérir le pouvoir et le conserver, afin de garantir à ces personnes un bien-être matériel et psychologique.

Il ne faut pas croire, le RDPC, lorsqu’il affirme qu’il est le parti de tous les Kamerunais ; c’est le parti des riches, qui veulent continuer à être riches aux dépends de la majorité de la population.

Le SDF est un parti de riches qui veulent accéder au pouvoir pour augmenter leur part de nourriture, toujours au détriment de la grande majorité des Kamerunais.  Etc.

En face des partis de riches, il y a des partis de pauvres, dont le Manidem. Nous allons voir tout de suite ce que veut le Manidem.

  1. Qu’est-ce que le Manidem ?

La Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem) est un parti politique qui veut unir les Kamerunais qui veulent se battre, comme ‘ont fait à leur époque les Ruben Um Nyobe, Félix Roland Moumie, Ernest Ouandie, Abel Kingue, Osende Afana et d’autres. Le Manidem veut unir les Kamerunais, sans distinctions de tribus, de sexe, de religion, pour que tous les enfants puissent aller à l’école, pour que tout le monde puisse se soigner, etc., en bref, pour que les conditions de vie du bas peuple s’améliorent. Le Manidem n’est donc pas le parti des riches, des exploiteurs, des pilleurs des caisses de l’Etat, mais le parti des pauvres, des déshérites, des exploités. C’est pour cela qu’un Paul Biya, un Fotso Victor, un James Onobiono ne seront jamais au Manidem. Ils ont leur camp. Nous avons le nôtre, et le match se joue entre eux et nous.

  1. Comment le Manidem voit-il notre société ?

Comme nous venons de le voir brièvement tout à l’heure, il y a un Kamerun, mais les Kamerunais ne sont pas un. Il y a le Kamerun de ceux qui ont jusqu’au superflu, et le Kamerun de ceux qui n’ont même pas le strict nécessaire.

Ceux qui n’ont pas

On les appelle encore les Kamerunais « d’en bas », ou bien le « bas peuple », ou encore « les masses », ou même tout simplement les « populations, » quand ils doivent se masser en bordure des routes sous le soleil ou sous la pluie pour applaudir les riches qui passent dans leurs luxueuses voitures. Ce sont ceux-là qui boivent l’eau sale des marigots, ceux qui n’ont pas d’argent pour envoyer leurs enfants à l’école, pour acheter du pétrole ou le savon. Ce sont ceux qui souffrent et à qui l’on demande « d’attendre », parce que « ça va aller mieux demain », parce que « le bout du tunnel n’est plus loin. » Ceux-là sont la très grande majorité des Kamerunais.

Ceux qui ont un peu

Ceux sont ces Kamerunais qui sont allés à l’école et occupent des postes de cadres ou dont le commerce (les affaires) marche un peu. Ils sont en général liés au « Kamerun d’en bas », parce que l’essentiel de leur famille appartient à ce groupe. Mais leur style de vie voudrait s’éloigner de leur origine, pour aspirer à ressembler au « Kamerun d’en haut. »

Parce qu’ils sont allés à l’école et qu’ils maîtrisent les sciences et les techniques, les Kamerunais d’en haut les incitent à imiter leur mode de vie, en sachant très bien qu’ils n’auront jamais les moyens de vivre comme eux. Dans cette aventure, ils sont souvent condamnés à voler le moindre argent que les patrons ou l’Etat leur confie.

 

Ceux qui ont

A côté des Kamerunais « d’en bas », ou plutôt au-dessus eux, il y a un autre Kamerun dont le nombre est extrêmement faible. C’est le Kamerun de ceux qui mangent les richesses du pays, de ceux qui n’envoient pas leurs enfants dans les écoles qu’ils ont mal construites et mal équipées, qui au moindre mal de tête monte dans un avion avec leur famille pour aller se faire soigner à l’étranger.

Les ressortissants de ce Kamerun-là envoient leurs enfants en Europe ou en Amérique. Ou bien, ils construisent des écoles spéciales au Kamerun comme « les Coccinelles » au Palais de l’Unité, où vont uniquement les enfants des ministres et des autres « grands types ». Ceux-là, nous les connaissons tous.

  1. Quelle est l’idéologie du Manidem ?

L’idéologie est la lumière qui permet de comprendre les situations et d’orienter les efforts que nous investissons, pour faire progresser (améliorer) ses situations. Celle du MANIDEM comprend trois volets : le progressisme, le panafricanisme/internationalisme et le socialisme.

Le Kamerun que nous venons de décrire est comme cela depuis l’indépendance. Il a été façonné par les politiques menées par les partis politiques à qui les colons ont donné le pouvoir, au moment de l’indépendance.

  • Le progressisme

Ces hommes, parce qu’ils ne croyaient pas à l’indépendance réelle de notre pays ont accepté que notre pays soit indépendant, et eux ses dirigeants soient les gardiens des intérêts étrangers au Kamerun. Ils présentent cette situation comme une fatalité, contre laquelle personne ne peut rien.

Mais en face d’eux avant l’indépendance, il y avait d’autres Kamerunais, les patriotes qui croyaient que le colonialisme est une étape de l’histoire, qui peut finir, si ceux qui en souffrent se mettent ensemble et lutte pour que ça change. Ils ont lutté et leur petites victoires se sont accumulées, jusqu’à pourrir la vie du colonialisme. C’est comme cela qu’est venue l’indépendance du Kamerun. C’est vrai, elle n’est pas celle dont ils rêvaient, mais elle est déjà mieux que le colonialisme. En clair, leur lutte a fait évoluer (progresser) les conditions de vie des Kamerunais. Et après, d’autres Kamerunais plus jeunes ont pris le flambeau et continuent la lutte commencée par leurs aînés. C’est cette croyance en une amélioration progressive des situations, à condition de s’organiser et de lutter contre elles, qu’en politique, on désigne progressisme.

Parce le MANIDEM a emboité le pas aux aînés du patriotisme kamerunais, il est un parti progressiste dont l’ambition est de :

  • Imposer le respect des droits fondamentaux de l’homme. Nous devons lutter pour nos droits fondamentaux parce que, en tant qu’êtres humains, nous avons d’abord droit à une alimentation saine, à une éducation de qualité, à des logements de qualité, à l’emploi, et ensuite, à l’expression libre, à la liberté de religion et de croyance ;
  • Instaurer une unité nationale, fondée sur la paix. Nous devons lutter pour la paix et la saine cohabitation entre les ethnies du Kamerun. Comme disait UM NYOBE, aucun Kamerunais ne devrait avoir tort ou raison par qu’il est ou non originaire d’une ethnie nombreuse ;
  • Rendre effective la justice sociale, c’est-à-dire l’égalité réelle des chances.

Nous devons lutter pour que tous les Kamerunais bénéficient des progrès de la science et de la technologie (électricité, téléphone, scanners dans les hôpitaux pour tous les malades, etc.)

  • Faire régner la démocratie véritable. le bas peuple doit lutter pour la démocratie véritable, c’est-à-dire le respect des choix de la majorité, sans bourrages d’urnes et sans achats des consciences.
  • Le panafricanisme.

En 1960, les pays africains indépendants ou aspirants à l’indépendance percevaient assez clairement les difficultés de développement que constituaient leurs découpages territoriaux et leurs liens privilégiés avec les anciennes puissances coloniales. Ils pensaient au panafricanisme. Mais dans ce mot, ils mettaient deux réalités différentes : les Etats unis d’Afrique et l’Organisation de l’Unité africaine (OUA).

Cinquante après d’application de l’OUA ont en prouvé à suffisance, à tous les observateurs, que cela ne conduit pas à ce que KWAMA NKRUMAH appelait «

Le Kamerun est un pays de l’Afrique, et les problèmes de l’Afrique sont les nôtres, et nous ne pouvons pas nous en sortir sans collaborer avec les autres peuples africains. Si le corps est entièrement malade, il ne faut pas se limiter à soigner une partie de ce corps (le pied par exemple), mais il faut soigner le corps tout entier. Puisque nous ne pouvons pas nous libérer sans l’aide des autres peuples africains, et que ces autres peuples ne peuvent pas se libérer sans notre aide, nous sommes pour le panafricanisme. Et notre idéologie est donc le progressisme panafricaniste. Le Manidem est donc un parti progressiste panafricaniste.

  • La marche vers le socialisme.
  1. Stratégie du Manidem ?
  • Qu’est-ce que la stratégie ?

La stratégie, c’est la ligne de conduite générale pour atteindre un but plus ou moins éloigné. Elle suppose que l’on connaisse parfaitement son point de départ, que l’on définisse l’objectif à atteindre ainsi que les moyens pour atteindre cet objectif.

 

  • La stratégie du Manidem

 

L’étude de la stratégie du MANIDEM s’opère en trois séquences : l’analyse de la situation, la définition des objectifs et la gestion des moyens nécessaires.

  1. L’analyse de la situation.

 

La situation politique, économique et sociale se caractérise par quatre éléments : le multipartisme dans la pauvreté, les caractéristiques de la lutte politique actuelle,

  • Le multipartisme dans la pauvreté.

L’acte de naissance de l’opposition Kamerunaise, c’est la loi  de 1990 sur les partis politiques.  Comme, dans toute naissance, il y a eu une assez courte période de gestation, caractérisée par deux évènements d’importance :

  • d’une part, l’affaire Yondo Black. Maître Yondo Black Mandengué est un ancien bâtonnier des avocats du Cameroun. Au cours de l’année 1989, il entreprend avec d’autres Camerounais, dont Anicet Ekanè et Henriette EKWE, de fonder un parti politique nouveau, et
  • d’autre part,la marche du SDF à Bamenda. La naissance du Social Democratic Front (SDF), est l’expression du ras-le-bol de l’élite intellectuelle anglophone qui se veut le porte flambeau de l’ensemble des Kamerunais de culture anglophone, face au refus systématique du régime de Biya et des caciques du RDPC de libéraliser la vie politique au Kamerun.

S’en suivra la légalisation de nouveaux partis qui, profitant des turpitudes de l’UPC, se donneront la vocation, sans la moindre expérience antérieure de lutte politique, de guider l’ensemble des forces sociales opposées au régime de Biya. Pour l’essentiel, ces partis naissent sous la houlette de la petite bourgeoisie intellectuelle, une couche sociale essentiellement opportuniste qui a marqué l’évolution des partis de l’opposition camerounaise de cette caractéristique.

La vie de multitude de partis politiques se déroulera, dans un contexte économique dominé par les plans d’ajustement structurel qui enfoncent notre pays dans une misère noire, sans que les partis politiques encadrent les populations, pour les amener à  prendre en charge la lutte pour l’amélioration de leurs conditions de vie. Cette tendance atteint son sommet, au moment où Paul BIYA a commencé à perler de « la démocratie apaisée » ;

  • Les caractéristiques de la lutte politique actuelle. La nature réelle de la lutte actuelle du peuple kamerunais est qu’il s’agit d’une lutte à mort contre un système et, non comme on a tendance à le croire contre un ou plusieurs individus. Elle est déterminée par :
  • L’implantation réelle des forces du néocolonialisme. Si l’on se trompe sur la nature du combat, il y a des risques que l’on surévalue ou dévalue la puissance de l’adversaire. C’est ce qui arrive souvent à la petite bourgeoisie qui, emportée par son enthousiasme, croit que la victoire sur le néocolonialisme est possible en s’alignant derrière un leader charismatique ou en organisant quelques manifestations de rue. Dans cet élan, elle est portée par un optimisme béat. Et si ces prévisions ne se réalisent pas, elle devient pessimiste, au point d’affirmer qu’il n’y rien à faire, le pouvoir est trop fort : « Biya est très fort, on ne peut rien contre lui » ; c’est ce que nous entendons de la bouche de ceux qui n’ont pas su analyser la situation et organiser les populations, pour se préparent à mener une lutte à mort ;
  • L’opposition à toute stratégie de lutte. Lorsque l’on a compris la nature de la lutte politique qu’il convient de mener, pour vaincre le néocolonialisme, on se convainc aussi qu’il faut mettre en place une stratégie, c’est-à-dire une ligne de conduite de longue durée. A l’opposé de cette évidence, la petite bourgeoisie fonde son action politique sur le positionnement. En d’autres termes, chaque petit bourgeois se pose la question de comment il doit se comporter, pour que les tenants du pouvoir le voient et s’intéressent à lui.

Face à ce désarroi, voici comment, notre regretté camarade, Pierre ABANDA KPAMA, président du MANIDEM, interpelait notre part : « en cette période de stress collectif, consécutif à une fin de règne potentiellement explosive et une absence d’alternance politique suffisamment affirmée, le MANIDEM assujrer la Nation par son dynamisme, son rayonnement et sa crédibilité en tant que force politique originale qui va croiser le mouvement social, l’élaboration programmatique et la structuration du parti sur le territoire. » (in « Plan D’action semestriel du MANIDEM : Capitaliser le Cinquantenaire et la perspective de l’Election présidentielle »)

  1. La définition des objectifs.

Les objectifs de la lutte ont été définis, à partir d’une bonne compréhension de ce que veut le peuple kamerunais.

 

  • Ce que veut le peuple kamerunais.

Ce que veut le peuple kamerunais se résume en une phrase : sortir de l’illusion de changement, créée par Paul BIYA, avec ses slogans de rigueur et moralisation de la vie publique. Ceci se traduit ainsi :

  • Sur le plan politique. La multiplication de partis politiques n’est pas synonyme de démocratie. Celle-ci doit s’enrichir de trois choses :
  • une liaison avec le mouvement social. La représentation nationale doit être l’émanation des intérêts des classes populaires, les plus nombreuses, qui votent aujourd’hui, pour légitimer les politiques menées contre elles,
  • le contrôle du pouvoir par la loi et le peuple. L’essence de la démocratie réside dans le fait que c’est la loi qui est la source de tout pouvoir et que la loi est sensée servir le peuple,
  • la place de l’être humain dans les choix politiques. Les politiques nationales doivent avoir une seule fin : satisfaire les intérêts bien compris de l’être humain. La traduction de ce souci est double : l’implication de tous les citoyens dans le processus d’élaboration des choix politiques et l’évaluation de l’impact des choix politiques
  • Sur le plan social. La politique de la Nation doit reposer sur trois préoccupations sociales :
    • élever le niveau de vie de l’ensemble de la population,
    • promouvoir une société de bien-être partagé
    • mettre en place une organisation administrative qui favorise l »émulation, l’unité et la souveraineté nationales.
  • Sur le plan économique. Le Kamerun vit quatre tares qui bloquent tout développement économique : la désarticulation de son économie,
  • La désarticulation de son économie.
  • L’appartenance à la Zone franc.
  • La soumission aux intérêts étrangers
  • La fiscalité occulte. L’Etat a créé une fiscalité occulte, qui l’autorise à échapper à toute liaison entre le budget voté par le parlement et les dépenses réalisées. Cette fiscalité était constituée, au début, par des prélèvements sur la vente des produits de base (ex ONCPB), puis par ceux du pétrole qui lui permet d’échapper à tout contrôle et donc , d’une part de financer des activités occultes, comme la constitution des garanties bancaires non remboursées, la prise en charge des crédits politiques à travers le mécanisme de la reprise des passifs compromis des banques, et d’autre part, de compenser la fraude fiscale et la corruption et détournements de fonds publics.
  • La définition des objectifs.
  1. Les moyens nécessaires à la victoire du MANIDEM

 

Lors de son congrès de décembre 2003, le Manidem a défini les grands axes de sa stratégie. Ceux-ci précisent les moyens nécessaires à la victoire du MANIDEM. Il y en a trois : la lutte politique, un grand parti qui structure un front de lutte et un programme de transition.

  • La lutte politique

Le Manidem privilégie la lutte politique ; il est contre le défaitisme et l’attentisme.

L’objectif du Manidem est la conquête du pouvoir en association avec d’autres forces progressistes. Le Kamerun d’en bas est très écrasé par différentes forces qui l’amènent à douter de ses capacités. Il sera donc difficile et pénible de l’amener à se radicaliser et à imposer son ambition. Il doit coaliser avec des forces qui, pour une raison ou une autre, ne trouvent pas leur compte dans le système politique actuel, représenté par le RDPC et ses satellites.

Une telle ambition se fonde sur un choix clair : les élections libres et transparentes constituent la voie pour accéder au pouvoir.

De telles coalitions se font sur la base d’un programme, défini sur la notion du plus petit commun diviseur. C’est lui qui servira comme base pour les alliances électorales et les programmes politiques.

L’idée de passer par des coalitions n’est pas liée à la personnalité de tel ou tel dirigeant du MANIDEM. Elle est un impératif de lutte : « sans le pouvoir, le Kamerun « d’en bas » ne peut pas améliorer ou changer sa condition » ;

  • La construction d’un solide parti.

Pour conquérir le pouvoir, le Manidem doit construire un solide parti sur la base du progressisme, du panafricanisme et la perspective de la construction d’un régime socialiste.

Pour que la lutte réussisse, il faut des militants bien formés, capables de mobiliser, d’organiser et d’encadrer les Kamerunais « d’en bas » dans leur lutte pour renverser le pouvoir et réorganiser notre pays pour le bien-être de tous.

Parallèlement à la construction d’une politique d’ouverture ou de coalitions, le MANIDEM doit se construire comme un parti solide (recrutement, implantation et formation), capable de résister aux trahisons et autres lâchages de compatriotes, qui avec l’avancement de la lutte ne s’y reconnaîtront plus.

  1. Le panafricanisme.

 

Conclusion

Notre pays est divisé en trois :

  1. Le Kamerun « d’en bas »
  2. Le Kamerun « d’en haut »
  3. Le Kamerun du « milieu.

Le Manidem regroupe essentiellement les Kamerunais « d’en bas ». Il ouvrera, pour rallier à sa cause des Kamerunais « du milieu », sans se faire d’illusion sur leur capacité de résistance à leur attirance par le Kamerun « d’en haut ».

L’objectif stratégique principal du Manidem est de conquérir le pouvoir avec toutes les autres forces de progrès, et de construire un pays où il fait bon vivre ; où tout le monde a sa place. Nous voulons aussi construire une Afrique où il fait bon vivre ; où tout le monde a sa place.

La garantie véritable de la satisfaction des intérêts du peuple kamerunais, est la construction d’une société socialiste, seule capable d’arrêter la boulimie de ces « gens qui ne peuvent pas finir une bouteille d’eau, mais à qui il faut tout un océan. »

 

 

Section 2 :      Le FONCTIONNEMENT DU MANIDEM. 

 ce qu’il est et comment il fonctionne pour la lutte du peuple kamerunais

  • Le contexte actuel de la lutte du peuple kamerunais.
  1. Une seule et même lutte dans des contextes différents.

L’Article 1 des Statuts du Manidem dit ceci : « Le Manidem a pour vocation de continuer fidèlement l’œuvre patriotique engagée depuis 1948 au Kamerun par les pères du nationalisme kamerunais Ruben Um Nyobé, Félix Roland Moumié, Ernest Ouandié, Abel Kinguè, Osendé Afana » et tous les autres héros morts pour la libération de notre pays.

Et quelle était cette œuvre? La véritable indépendance du Kamerun, la véritable démocratie et un développement authentique au service du peuple kamerunais.

  • La véritable indépendance.

Elle devait arriver comme une réponse cinglante au projet néocolonial qui a commencé avec la division du Kamerun en deux, et le placement sous tutelle respective de la France et de la Grande Bretagne. Cette démarche était symbolisée par le slogan « Réunification, avant toute indépendance », pour créer les conditions pour que le Kamerun parle d’une seule voix aux colons. A l’opposé de cette orientation, les agents du néocolonialisme ont choisi de négocier chacun avec son maître et de « réunifier les concessions qu’ils avaient faites au néocolonialisme. » C’est ce projet foireux que Paul BIYA a voulu nous vendre, lorsque dans son discours à Buéa, lorsqu’il a parlé des « héros de la réunification ».

  • La véritable démocratie.

Um Nyobé pose ainsi les jalons d’une véritable démocratie : “ nous reconnaissons la valeur historique des ethnies de notre peuple. C’est la source même d’où jaillira la modernisation de notre culture nationale. Mais nous n’avons pas le droit de nous servir de l’existence des ethnies comme moyen de luttes politiques ou de conflit de personnes…une telle situation nous impose comme condition première de rompre avec le tribalisme périmé et un régionalisme rétrograde qui, à l’heure actuelle, comme dans l’avenir, représentent un réel danger pour la promotion et l’épanouissement de cette nation kamerunaise que nous rêvons tous, quelles que soient nos divergences.”

Depuis l’indépendance, la pierre angulaire de notre système politique est devenue la tribu ; au point que certains dirigeants du RDPC avouent, de plus en plus ouvertement, que leur « véritable parti, c’est leur tribu. »

Cette conception de la politique a comme traduction que les institutions publiques n’ont plus aucune valeur, c’est la magnanimité du chef de l’Etat, attirée par les pleurs des élites d’une tribu qui fonde les interventions de l’Etat, alors que l’Etat n’a pas d’autre rôle que de servir les intérêts des populations.

  • Un développement authentique au service des Kamerunais.

La pratique politique a donc contribué à scinder le pays, au point qu’il n’est plus possible, dans le Kamerun d’aujourd’hui, de mener cette lutte pour tous les citoyens kamerunais. Parce qu’il y a une infime minorité de Kamerunais qui jouit déjà de tout cela la liberté, du développement et du bien-être. Ce sont les complices du système néocolonial mis en place dès 1958 par Louis Paul Aujoulat. Les naïfs qui penseraient qu’ils sont kamerunais comme vous et moi se tromperaient. Ces gens sont en réalité les ennemis du peuple kamerunais, c’est-à-dire nos ennemis, à vous et à moi.

Le Manidem n’est pas leur parti. Le Manidem ne lutte pas pour leurs intérêts. Ces gens savent déjà eux-mêmes protéger leurs intérêts, même par des tentatives de manipulation de la constitution.

Un Fotso Victor, un James Onobiono, par exemple, ne peuvent pas appartenir au Manidem, parce que ce serait pour eux, un suicide compte tenu de leurs intérêts économiques.

Le Manidem, par contre, lutte pour les intérêts de tous ceux qui, objectivement, n’ont aucun bénéfice au système néocolonial et en sont les victimes. Il s’agit des masses populaires et des couches inférieures des classes moyennes. Il s’agit des petits fonctionnaires, des petits commerçants, des chômeurs, des agriculteurs, des petits fonctionnaires, des petits hommes d’affaires, et de tous ceux qui souffrent objectivement parce que la société kamerunaise est organisée telle qu’elle l’est actuellement.

Le Manidem est le parti des exclus du système politique mis en place depuis les indépendances : les ouvriers, les paysans pauvres, les petits entrepreneurs individuels, les enseignants, les petits fonctionnaires et autres salariés du secteur privé, des intellectuels etc.

On le voit donc, à part quelques menus détails, les problèmes de société qui menaçaient la cohésion sociale, du temps de nos premiers patriotes, n’ont pas trouvé de solution à ce jour.

 

  1. Le fonctionnement du Manidem

Pour mettre en œuvre une stratégie du genre que nous venons de décrire, aucun parti ne peut fonctionner de manière anarchique, ou dictatoriale. Le fonctionnement du Manidem sur le mode du centralisme démocratique  garantit en même temps la démocratie au sein du parti et la discipline des militants et des organismes.

Mais que signifie le centralisme démocratique ?

– Au sein du Manidem, la minorité se soumet inconditionnellement aux décisions de la majorité. Ce principe, qui résulte notamment de celui de l’égalité en droit des militants, ne doit souffrir d’aucune violation.

– Toutes les décisions sont démocratiquement adoptées. Tous les mandats, toutes les directives des organismes supérieurs peuvent être critiqués, contestées, mais seulement dans les cadres organisationnels appropriés.

– Les cumuls de fonctions sont limités au strict nécessaire pour éviter la recherche effrénée des postes et l’inefficacité dans le travail, et donner la latitude à tous les militants de faire montre de leurs talents et de contribuer au maximum à la vie du parti.

– Chaque militant du parti a le droit, et même le devoir, de donner son avis sur la marche et les options du parti. Il a le droit de s’exprimer librement et sans aucune contrainte.

A titre d’exemple, voyons comment les Statuts et autres textes fondamentaux du parti sont adoptés.

  • Chaque organisation politique, comme chaque pays, dispose de textes fondamentaux sur lesquels repose l’existence de cette organisation ou de ce pays. Les Statuts du Manidem sont notre texte fondamental. Ils sont pour nous comme la constitution d’un pays. Ils nous indiquent les grands principes qui régissent la vie du parti, son orientation idéologique, ainsi que les objectifs que le parti poursuit. Ils sont donc souverains. Cela, fondamentalement, veut dire deux choses :
    • à l’intérieur du parti, aucun autre texte n’est au-dessus de nos statuts. Par exemple, aucune directive d’un secrétariat de comité de base ou d’une coordination communale ou départementale, aucune circulaire de la direction nationale, ne peut se placer au-dessus de nos statuts. De la  même manière, la définition de notre idéologie et de nos objectifs stratégiques, ou encore l’élaboration de notre orientation politique, se font conformément à l’esprit et à la lettre de nos statuts. Cela veut dire que nos statuts contiennent déjà, sous forme de germes ou de prémisses, tous ces autres textes.
    • à l’extérieur du parti, ni la constitution du Kamerun, ni la Charte de l’unité africaine ou des Nations Unies ne peuvent venir avant nos statuts, c’est-à-dire avoir préséance sur eux dans le cadre de nos activités. Cela ne veut pas dire que nous refusons de respecter tous ces textes. Mais nous ne pouvons les respecter que dans la mesure où ils ne contredisent pas nos statuts, c’est-à-dire dans la mesure où ils ne se posent pas comme obstacle à la lutte que nous voulons mener. Même les principes religieux sont subordonnés à nos statuts dans le cadre de nos activités en tant que militants.
  • Mais d’où nous viennent ces textes que, dans notre activité militante, nous mettons au-dessus de la Constitution du Kamerun, de la Charte des Nations Unies et de tout autre texte ? Ils ne nous viennent pas des dirigeants du parti. Ils ne nous viennent pas de grands penseurs qu’il y aurait au sein du parti et qui nous dispenseraient éventuellement du travail de réfléchir – un peu comme au RDPC, SDF, etc. Les statuts du Manidem viennent de vous et moi. Ils viennent des militants de base. Quand et Comment ?
    • Quand ? Au cours des congrès qui se tiennent tous les trois ans, et qui rassemblent des délégués choisis par la base de notre parti, étant donné que, pour des raisons évidentes d’organisation, d’hébergement, de nutrition et de conduite des travaux, tous les militants d’un parti ne peuvent participer à un congrès. Mais ces délégués de base sont les porte-parole des militants de base qui les ont mandatés.
    • Comment ? « Pour chaque congrès, le lieu et la date, le projet d’ordre du jour ainsi que les principaux documents préparatoires élaborés par la direction nationale doivent être communiqués à tous les organismes et membres du parti au moins trois (3) mois à l’avance pour les sessions ordinaires, et au moins un (1) mois à l’avance pour les sessions extraordinaires. » (Article 20 des statuts)  Cela permet aux militants et structures de discuter à l’avance de ces textes et de faire leurs recommandations aux délégués qu’ils choisiront. Les choses, au Manidem, ne se passent pas comme au RDPC ou au SDF, où les délégués de base se contentent de danser au congrès, pendant que les « vraies gens », portant vestes et cravates,  discutent de choses qu’ils considèrent inaccessibles aux « gens d’en bas » qui sont pourtant leurs militants.

C’est également pour cela, soit dit en passant, que nous disons du Manidem qu’il est un « intellectuel collectif »

  • Structures

Comme dans toute organisation qui se veut sérieuse, ambitieuse et pérenne, le Manidem a une structure qui va de la base au sommet qu’on pourrait schématiser comme suit :

– Les comités de base (CB) :

– Les coordinations communales (CC) :

– Les coordinations départementales (CD) :

– Les organismes centraux, c’est à dire le Congrès qui élit le Comité National de coordination (CNC) qui, à son tour, élit le Bureau politique et son secrétariat.

Il faut noter ici qu’entre le militant de base et les organismes centraux, il n’y a que deux organismes intermédiaires : le comité de coordination communale et le comité de coordination départementale. Cela veut dire que le militant de base à la latitude, en tout moment, d’interpeller la direction du parti sans passer par une centaine de maillons intermédiaires.

  1. La formation des militants

Le bureau politique, conscient des enjeux politiques présents et à venir, et l’issue des Etats Généraux du Manidem de Août et septembre 2002, a décidé lors de sa dernière session, de lancer à titre expérimental, le projet de mise sur pied d’une école des cadres du parti «IFEP» (Institut de Formation et d’Education Politique) dont les objectifs sont les suivants :

  1. Former des militants d’avant-garde capable de se battre, de façon conséquente, contre les forces du néocolonialisme, pour l’accomplissement du changement politique de gauche qu’exige la situation néocoloniale actuelle du pays.
  1. Doter la gauche camerounaise de forces humaines indispensable à la lutte contre le raz-de-marée opportuniste qui balaie le Cameroun et l’Afrique à chaque période décisive de la lutte populaire notamment, les périodes des indépendances et des conférences nationales.
  1. renforcer qualitativement et quantitativement le MANIDEM et le camp populaire en général car, avec des cadres de haut niveau, le parti est plus crédible et plus influent.

Section 3 :      Les fronts de luttes (Avec qui collaborer pour la victoire dans le cadre de la lutte du peuple kamerunais ?)

 

 

Introduction

Quand un homme va à la chasse à la perdrix, il peut y aller tout seul et ramener des perdrix pour sa famille. Mais un homme tout seul ne peut pas aller à la chasse à l’éléphant. Même s’il réussit à tuer l’éléphant, comment fera-t-il pour le ramener au village ? Et même s’il réussissait à le ramener au village, pourrait-il en manger la viande tout seul, avec sa femme et ses enfants ? De la même manière, pour traverser un petit ruisseau, on peut se contenter de jeter un petit tronc d’arbre sur ce ruisseau en guise de pont. Mais pour traverser le Mbam, est-ce qu’on peut se contenter de jeter un arbre, même un baobab, sur ce grand fleuve ? Ces exemples montrent une chose : l’effort individuel paye, mais l’effort collectif paye beaucoup plus. L’effort collectif permet d’accomplir des tâches que l’effort individuel ne peut pas permettre d’accomplir.  Or les difficultés auxquelles nous sommes confrontés, en tant que citoyens, tiennent plus du collectif que de l’individuel. Par exemple, dans aucun pays, chaque citoyen de construit une école pour se3s enfants, ou un hôpital pour sa famille, ou une route, etc.

Autre exemple : pour améliorer nos conditions d’existence, il nous faut affronter les gens du Kamerun « d’en haut ». Or ces gens, ces riches, ces pilleurs des caisses de l’Etat, de nos ressources et du produit de nos efforts collectifs, sont très bien organisés. L’armée, la police, la gendarmerie, les prisons, c’est pour eux.  L’administration, c’est pour eux. La CRTV et « Cameroon Tribune », c’est pour eux.  Et nous on a quoi pour nous défendre et contre-attaquer s’il le faut ?

Nous n’avons que nos bras et nos jambes. Mais nous avons aussi notre tête, qui doit nous servir à réfléchir à notre situation, et non pas seulement à porter de belles casquettes. Et que nous dit notre tête ? Elle nous dit que les « gens d’en haut » sont très bien organisés dans de nombreuses structures.  Ils ont des partis politiques comme le RDPC, l’UNDP, l’UPC Parlementaire. Ils ont aussi d’autres organisations comme le GICAM (Groupe inter patronal du Cameroun), qui est le syndicat des gens qui ont des milliards. Ils ont aussi des associations, comme AACB (l’Association des amis de Chantal Biya), le CERAC (Cercle des amis du Cameroun), le Rotary Club, le Lion’s Club, qui sont des organismes qui permettent aux gens « d’en haut » de blanchir leur conscience en donnant quelques tables bancs et quelques lits dans des écoles et des hôpitaux chez les gens « d’en bas ».

C’est vrai que nous sommes le plus grand nombre. Nous sommes la majorité de la population du Kamerun. Mais la majorité ne sert à rien si elle n’est pas organisée. Si les cinq doigts de la main se trouvaient l’un dans le dos, l’autre  posé sur le ventre, l’autre derrière l’oreille, etc. comment pourrions-nous nous servir de notre main pour ramasser des objets ? Nous organiser, c’est constituer un vaste front, une vaste alliance populaire qui comportera des partis, des syndicats et des associations qui seront plus puissants que les partis, les syndicats et les associations des gens « d’en haut », parce que nous sommes le plus grand nombre.

Mais commençons par un certain nombre de définitions.

Partis politiques, syndicats, associations, conflits sociaux.

 

Partis politiques

Un parti politique est un instrument, un outil, une organisation dont se sert un groupe de personnes, une couche de la société, pour conquérir le pouvoir et le conserver, afin de garantir aux membres de cette couche sociale un bien-être matériel et psychologique. Les partis ne sont donc pas des organisations où on devrait aller parce que le nom du parti est beau, ou parce que le président porte de belles vestes, ou parce qu’il parle bien, ou parce qu’il est un homme simple et amical. On entre dans un parti pour lutter pour son bien-être et celui des siens. Maintenant, est-ce que tous les partis travaillent pour le bien-être de tout le monde ? Si tous les partis travaillaient pour le bien-être de tout le monde, pourquoi y aurait-il plus d’un parti dans un pays ? Après tout, les partis ne sont pas des équipes de football qui jouent pour la distraction des joueurs sur le terrain et pour celle des spectateurs et supporters. Nous avons vu que les partis travaillent pour les intérêts matériels de certaines couches de la société.

Deux conflits fondamentaux au sein de la société

Dans chaque société, il y a les gens « d’en bas » et les « gens d’en haut. » Les gens « d’en bas » sont pauvres. Les gens « d’en haut » sont riches, alors qu’en général, ce n’est pas eux qui travaillent le plus dur dans les champs, dans les pêcheries, dans les carrières de sables, au volants des camions, des cars et des bend-skin, ou encore derrière les comptoirs des boutiques, etc. Si vous regardez de près, qu’est-ce que ces gens produisent qu’on peut manger ? dont on peut se vêtir ? dont on peut se soigner ? Quel genre de travail font-ils sinon rester assis dans des bureaux climatisés à donner des ordres et à voler ? Il y a donc un problème déjà au niveau de la manière dont la richesse nationale est produite.  Ce problème, les gens ne le voient pas souvent. Il y a un autre problème que les gens voient plus souvent, et qui en réalité est la conséquence directe du premier problème. Et ce deuxième problème est la manière dont les richesses nationales, pourtant produites essentiellement par les « gens d’en bas », sont réparties. Comme des chasseurs qui reviennent d’une chasse à l’éléphant, nous devrions tous partager la viande nationale de manière à ce que personne ne meurt de faim dans le village. Mais tel n’est pas le cas.

Tout ceci veut dire que dans notre société, il y a un conflit fondamental qui oppose ceux qui produisent les biens à ceux qui ne produisent que des ordres, des décrets et d’autres bouts de papier similaires. Il y a un second conflit lié à la répartition de la richesse nationale. Normalement, nous devrions être tous conscient de ces deux conflits. Mais comment cela se fait-il que les gens « d’en bas »  ne s’opposent pas au mauvais partage ? Comment se fait-il que les gens « d’en bas » s’alignent-ils même le long des routes pour applaudir au passage des gens « d’en haut » quand ils viennent dans leurs beaux costumes et leurs belles voitures nous tenir des discours démagogiques et vanter leurs partis politiques ?  Car, il ne faut pas se faire d’illusions et les choses doivent être claires pour nous tous : les partis politiques des gens « d’en haut » travaillent pour que les « gens d’en haut » restent riches et deviennent même plus riches chaque jour.  Comment se fait-il que les « d’en bas » aillent donc jusqu’à militer dans les partis des gens « d’en haut » ?

La réponse est simple, et nous l’avons même déjà vue tout à l’heure. Les riches, ces voleurs du produit de nos efforts collectifs, ont l’armée, la police, la gendarmerie, les prisons pour nous faire tenir tranquille. Pour dire vrai, ils nous tiennent en joue, comme le condamné qu’on va fusiller. Ils ont aussi la CRTV, « Cameroon Tribune » et d’autres instruments de propagande pour endormir nos cerveaux.  Ils ont aussi le RDPC, l’UNDP, l’UPC parlementaire et d’autres partis pour nous faire croire que nous sommes tous des frères dans ce pays, et que, si chacun se met au travail, il deviendra riche comme eux. En un mot, ils nous aliènent. La lutte du Manidem pour l’amélioration des conditions de vie des gens « d’en bas », c’est donc aussi la lutte contre l’aliénation de ces gens « d’en bas » par les gens « d’en haut ».

Les syndicats

Un syndicat est un groupement de personnes qui font plus ou moins le même genre de travail et veulent défendre des intérêts professionnels.  Les gens « d’en haut » ont leurs syndicats, comme le GICAM. Les gens d’en bas ont aussi leurs syndicats, comme les syndicats des ouvriers, etc. Nous devons travailler à renforcer les syndicats des gens « d’en bas », et aider à créer de nouveaux syndicats chaque fois que possible. Nous-mêmes, militants du Manidem, nous devons activement militer dans les syndicats.

Les associations

IL existe divers types d’associations. Les riches ont les leurs. Nous avons parlé tout à l’heure du Rotary Club et du  Lion’s Club. Nous devons créer également toutes sortes d’associations, pour défendre des intérêts qui ne sont pas directement professionnels. Par exemple, des associations de défense des droits de l’homme, ou pour la protection de la forêt contre le déboisement massif, etc.

Le mouvement de masse

Mais, la simple existence, côte à côte, du Manidem et des autres parties des gens « d’en bas », des associations et des syndicats des gens « d’en bas », etc.,  ne suffit pas pour renverser le rapport de forces et prendre le pouvoir pour changer nos conditions de vie. Nous devons mettre toutes ces organisations en mouvement, de manière coordonnée.  Le vaste mouvement populaire de lutte, dont un camarade a parlé tout à l’heure, ne doit pas seulement être une addition de toute nos forces, mais une action combinée, afin d’obtenir de meilleurs résultats.

Militer au Manidem, c’est donc aussi lutter avec acharnement pour organiser, sur le terrain, le Vaste Mouvement Populaire de Lutte (VMP).

 

Section 43 :    L’action militante (Quel militant du Manidem  pour la lutte du peuple kamerunais ?)

 

A – Définition des termes de base

Pour que nous puissions bien comprendre le sujet de la présente causerie politique, il nous est utile de bien connaître avec précision  les explications de quelques éléments clés comme « militer », « militant », « militantisme ».

A1- Militer : C’est participer de manière active à la vie d’un parti, d’un syndicat ou d’une association.

A2 – Un militant : C’est quelqu’un qui manifeste de l’activité au service d’une idée, d’une cause, ou en faveur d’un parti.

A3 – Le militantisme : C’est l’attitude, le comportement d’un militant.

Le Manidem est un parti politique révolutionnaire, et nous, militants de base, participons de manière active à la vie du Manidem. Notre militantisme détermine notre engagement à la façon de voir les choses (idéaux) de notre parti et permet de donner à chacun de nous, la place qui lui revient dans notre parti.

B – Catégorisation des militants

Comme nous l’avons dit plus haut, le militant participe de manière active à la vie du parti ; cependant, comme dans une salle de classe, tout le monde n’est pas noté de la même façon. Chacun des élèves de la même salle de classe a une note correspondant à ses efforts (exception faite des tricheurs qui ont de temps en temps une note qui correspond au travail d’autrui…). Le travail de l’ensemble des élève permet au maître ou au professeur de donner des appréciations du genre : «  18/20, élève travailleur », « 11/20, élève Moyen », « 9/20, élève médiocre », « 5/20, élève paresseux », « 1/20, élève nul ».

Par rapport à ces notes, les maîtres aimaient diviser la classe en deux blocs : «  le côté fort » et « le côté paresseux » ; de même, lorsque nous revenons dans le cadre de la politique, les efforts des uns et des autres pour la bonne tenue de notre parti donne lieu à différentes appréciations qui débouchent sur la classification ou la catégorisation des militants.

Revenons sur l’exemple de l’école ; on constate que les notes obtenues dans  les matières telles que le « calcul », « la dictée », « la grammaire », « les sciences » permettent de calculer la moyenne de l’élève ; dans le parti, au lieu des matières citées tout à l’heure, certains éléments permettent aussi d’apprécier les militants pour les catégoriser. Il s’agit :

B1 – du volume d’activité

B2 – de la qualité de travail

B3 – de la motivation

B4 – de l’intégration

Sans plus attendre, passons à l’analyse de ces éléments d’appréciation qui vont plus tard nous montrer à quelles catégories de militants nous appartenons.

B1 – LE VOLUME D’ACTIVITE

Le volume d’activité c’est la quantité de travail. Un bon militant doit travailler sans se fatiguer; il doit accomplir tout ce qui lui est confié comme mission. La recherche de nouveaux militants, leur encadrement, sur des étendues de plus en plus grandes doit être son souci majeur, pour que notre parti puisse devenir grand parti de masses.

Par rapport à la quantité ou de l’ardeur au travail, on peut distinguer 5 catégories de militants: Des militants professionnels, des militants semi professionnels, des militants amateurs, des militants occasionnels et enfin des militants dits fantômes.

Le militant professionnel

Dans la réalité, c’est celui qui consacre tout son temps au service du parti. Lorsque le parti est suffisamment structuré, lorsque tous les militants s’acquittent de leurs cotisations, certains militants peuvent juger utile de consacrer leur vie au parti. Seulement, en zone rurale, il est plus difficile de trouver ce genre de militant car le devoir d’encadrer la famille fait que nous soyons obligé de passer beaucoup de temps dans les plantations.

Le militant semi professionnel

C’est celui qui, au-delà de son travail, de ses occupations, trouve quand même du temps pour servir le Manidem.

Le militant amateur

C’est celui qui a un rythme de travail irrégulier ; il peut participer aux différents programmes d’activités de notre parti pendant un mois entier, disparaît le mois d’après, et réapparaît pour travailler pendant 2 semaines, ainsi de suite…

Le militant occasionnel

C’est celui qui se croit n’être obligé en rien ; son activité dans le parti ressemble à des espèces de « coup de main ».

Le militant fantôme

C’est le type même de militant qu’aucun parti ne souhaiterai avoir ; le militant fantôme n’appartient à aucun comité de base, à aucune autre instance du parti. On ne le voit à aucune réunion du Manidem, mais on le surprend dans des carrefours,  en chaudes discussions au milieu des foules, criant à tue-tête à qui veut l’entendre qu’il est du Manidem. Parfois, il brandit une vieille carte de membre qui ne porte pas son nom, qui lui vient on ne sait d’où, comme preuve de son appartenance au parti ; à celui-là, ne demandez jamais où il paie ses cotisations ! Où il reçoit sa formation ! Les propos injurieux qu’il proférera à votre endroit en guise de réponses vous prouveront qu’il ne saurait être un « Manidémiste », dont la courtoisie et le respect d’autrui sont l’un des enseignements.

Nota Bene : Pour nous, militants du Manidem, il y a trois vraies catégories de militants : les amateurs, les semi professionnel, les professionnels. Autant que possible, il est préférable de passer de l’amateur au professionnel.

A la lumière des explications que vous venez de recevoir, selon vous, quel genre de militant vous êtes ? Quel genre de militant voulez-vous être ?

B2 – LA QUALITE DU TRAVAIL

Tout militant peut produire une qualité de travail supérieure, une qualité de travail moyenne, ou une mauvaise qualité de travail.

La qualité supérieure de travail

Le militant qui produit ce genre de travail appartient d’abord à une organisation. Il est régulier, travaille beaucoup et très bien ; « régularité-quantité-qualité » est la devise d’un travail de qualité supérieure.

La qualité moyenne ou secondaire

On la retrouve naturellement chez un militant qui  appartient à une organisation (comité de base, coordination communale, bureau politique, etc.) ; Cependant ce militant est lent, nonchalant, indolent, dans ses agissements et dans l’accomplissement des missions qu’on lui confie.

Le travail de mauvaise qualité

C’est un travail qui ne correspond en rien en ce qu’on a demandé et en ce qu’on attend ! On demande à un camarade de rassembler les militants, il leur demande plutôt de retourner à la maison. Vous le mettez en mission, avec de l’argent provenant des caisses du parti, il s’en va faire ses courses personnelles et revient vous dire que tout s’est bien passé. Le mensonge, l’inactivité, la paresse, la fuite des responsabilités sont les caractéristiques d’un militant qui produit un mauvais travail.

Il faut retenir que le mauvais travail ne peut être produit que par un militant qui et lui-même mauvais ; les conséquences sont le risque de destruction de l’organisation à laquelle le mauvais militant rend de mauvais services.

Comme dans le cas des volumes d’activité, il est préférable qu’un militant produise un mauvais travail au début et parvienne après de nombreux reproches et corrections à  produire une qualité de travail moyenne et enfin supérieure.

B3 – LA MOTIVATION

Le militant rêvé, tel que notre parti le Manidem souhaiterai, c’est celui qui a une véritable motivation idéologique (la doctrine du parti). Notre militantisme peut avoir plusieurs origines : motivation d’ordre politique, affectif, prestigieux, de mode (mimétique), matérielle ou alimentaire.

Motivation politique

Chez certains militants, il n’y aucune motivation politique qui transparaît ; ils ont un seul souci : « voir le changement ».

Motivation d’ordre affectif

Ce sont des éléments subjectifs qui déterminent un militant à se rallier au parti. Exemple, le Président du parti est beau et élégant, le parti a un bel insigne(le crabe, la clé, la flamme, l’urne, le poing levé vers le ciel « power »).

Motivation d’ordre prestigieux

Certaines personnes adhèrent au parti pour décrocher un poste prestigieux afin de narguer leurs vis à vis (frères, amis, supérieurs hiérarchiques). Ces genres de militants quittent le parti dès lors qu’ils ne sont pas parvenus à en décrocher un ou lorsqu’ils perdent le poste.

Motivation liée à la mode

Le mimétisme ou phénomène de mode veut que chacun soit dans un parti politique. Parce que mon frère est de l’UNDP, du Manidem, il faut que j’y sois aussi ou ailleurs. On assiste parfois à ce genre de causerie : « je suis du Manidem et toi alors, tu es de quel parti ? ».

Motivation d’ordre matérielle ou alimentaire

Tout le monde est à la recherche du bien-être ; l’on est de temps en temps prêt à adhérer à un parti, de donner sa voix à une formation politique, contre une récompense matérielle (argent) ou alimentaire (alcool, riz, poissons, tabac).

B4 – L’INTEGRATION DANS LE PARTI

Commençons d’abord par dire ce que veut dire intégrer.

« Intégrer », signifie faire entrer dans un ensemble, dans un groupe plus vaste. De même, s’intégrer veut dire s’assimiler entièrement au groupe dans lequel on entre. Une fois à l’intérieur du groupe, du parti, on peut observer plusieurs comportements provenant des camarades, des militants.

Comportement partisan

Un militant partisan est celui qui accepte la doctrine du parti, assume ses responsabilités et est prêt à défendre ses intérêts en tout temps et en tout lieu. Le militant partisan se sent propriétaire de la chose( le Manidem). Lorsqu’on parle mal de son parti, lorsqu’on veut  déstabiliser son organisation, le militant partisan à l’impression qu’on touche à une partie de lui-même et il réagit spontanément, sans attendre qu’on lui dicte une conduite à l’instant.

Le militant au comportement marginal et défaitiste

Un homme marginal est celui qui s’exclut du groupe social auquel il appartient.

Il n’est convaincu de rien, ne croit pas l’atteinte des objectifs que s’assigne le groupe ; il fait défection lorsqu’on a besoin d’unir les forces pour affronter les difficultés du temps. Le militant marginal est là, de corps avec ses camarades, cependant, son esprit est ailleurs, tel un élève étourdi et inconscient qui fait semblant de comprendre la leçon du maître alors que son esprit est dans les casseroles de sa maman. Cet élève ne pourra jamais répondre avec exactitude aux questions du maître, il ne pourra pas aider un camarade qui n’a pas compris sa leçon, lui-même n’avancera jamais, il peint l’école en noir et son avenir risque d’être noir.

Un militant marginal et défaitiste est gênant pour ses camarades.

CONCLUSION

En conclusion, l’objet de cette communication, c’est de nous emmener à comprendre que nous devons être utiles, nous devons donner le meilleur de nous-même pour servir la bonne cause ; nous sommes membres d’un parti de masses, membres d’un parti des déshérités, des sans-emploi, des « gagne-petit », petits commerçants, de petits agriculteurs, des « laissés-pour-compte »,etc. Pour cela :

-Si nous en adhérant au Manidem, notre ambition n’est pas de militer activement en produisant un bon travail en volume et en qualité afin  d’appartenir à la bonne catégorie de militant (professionnel, semi professionnel ou, amateur),

-Si nous ne nous intégrons pas bien dans le Manidem, comment allons-nous prendre conscience que  notre vie doit changer, pour que nos enfants puissent aller à l’école comme tous les autres, que chacun d’entre nous puisse se soigner même gratuitement, que l’électricité, l’eau, la télévision, l’ordinateur, etc., puissent être une réalité pour tous !

Annexe

L’exploitation de l’homme par l’homme : notions de base

par Ghonda Nounga

Introduction

Si nous avons choisi d’adhérer au Manidem qui est un parti d’opposition au régime de M. Biya, c’est parce que nous avons conscience de ce que quelque chose ne va pas dans notre pays. Comme l’on dit souvent : « le Kamerun va mal. » Nous avons, par notre engagement au Manidem décidé d’aider à changer les choses. Nous voyons qu’il y a une minorité de gens qui ne souffrent pas ; qui vivent bien ; qui mangent bien tandis que les autres meurent de faim. Ces gens envoient leurs enfants étudier à Mbeng pendant que ceux des autres n’ont ni livres ni cahiers, et que leurs parents n’ont pas de quoi leur payer la pension scolaire. Les riches vont se soigner à l’étranger pour le moindre rhume tandis que les autres Kamerunais meurent de paludisme, de choléra, de tuberculose, etc.  Pourquoi ces inégalités ? Pourquoi les uns ont-ils des palais et les autres des taudis ?

Si nous avons décidé d’entrer au Manidem, c’est aussi parce que nous avons décidé de comprendre ce grand mystère. Car il est évident que si les uns souffrent,

  • ce n’est pas à cause de la malchance ;
  • ce n’est pas parce qu’ils ont violé une loi divine (comme Adam et Eve dans la Bible) que les riches qui vivent bien n’ont pas violée ;
  • ce n’est pas une affaire de destin qui aurait été écrit quelque part avant même leurs naissances;
  • et ceux qui vivent dans le luxe ne travaillent pas plus dur que ceux qui vivent dans la misère.

Alors, quelle est la nature exacte de la maladie dont souffre le Kamerun, et qui fait que certains meurent de faim tandis les poubelles des autres débordent ? La recherche de la cause exacte de cette maladie est le premier pas que nous devons faire si nous voulons soigner le Kamerun et sortir nous-mêmes de la misère… Pour soigner le malade, le médecin  l’examine correctement ; il l’ausculte. (Pour lutter, le vrai militant politique ausculte le pays comme le médecin ausculte un malade). Et quand nous examinons ce grand malade qu’est le Kamerun, son bulletin de santé nous dit qu’il souffre de nombreuses de maladies : l’injustice, la pauvreté, la violence, la corruption, le mensonge, la démagogie, etc.

Mais si nous poussons plus loin notre examen, nous verrons qu’il y a une maladie qui est à l’origine de toutes les autres maladies. Cette maladie fondamentale est très grave et mortelle. Elle tue beaucoup de gens chaque jour. Elle s’appelle « l’exploitation de l’homme par l’homme. » C’est une vielle maladie – une maladie chronique – dont souffrent des millions d’hommes sur tous les continents. Ce n’est donc pas une maladie typiquement africaine. Et la race noire n’est donc pas maudite.

Section I : Le « travail » comme source de vie pour les animaux et l’homme

Quand nous regardons le monde de façon simple, nous voyons deux types de réalités :

  • les réalités matérielles, qu’on peut saisir à l’aide de nos 5 sens (toucher, vue, ouïe, odorat et goût)
  • les réalités intellectuelles ou spirituelles ou encore immatérielles qu’on ne peut pas saisir avec nos 5 sens. Ces réalités, ce sont les idées, les sentiments, les émotions. Et comme nous le savons, ces réalités n’ont pas de poids, de longueur, de volume, de goût, etc. Elles peuvent être mises dans nos têtes et manipulées par d’autres personnes sans même que nous nous en rendions compte. Et que cherchent ces autres personnes en agissant ainsi ? Elles cherchent à nous empêcher de voir les choses telles qu’elles sont réellement. Mais nous verrons cela plus loin.

Parmi les réalités matérielles, il y en a qui ne bougent pas ; qui sont complètement inertes. Par exemple, les cailloux ne se déplacent pas ; ils ne bougent que quand quelque chose d’autre les a déplacés. Ces réalités n’ont pas de besoins. Par exemple, les cailloux ne mangent pas, ne boivent pas.

Il y a d’autres réalités matérielles qui sont vivantes contrairement aux cailloux, mais qui, à peu près comme les cailloux, ne bougent pas véritablement. Ces réalités, ce sont les plantes. C’est vrai qu’il y a des fleurs qui se tournent vers le soleil pour avoir de la lumière, mais on ne les verra pas aller vers une flaque pour boire de l’eau. Et compte tenu du fait que les plantes ne se déplacent pas, elles meurent sur place si elles ne trouvent pas sur place la nourriture et l’eau dont elles ont besoin pour survivre. Même pour se reproduire (se multiplier), elles ont besoin que quelque chose d’autre vienne les aider. Ce quelque chose, ça peut être le vent qui porte leurs semences vers d’autres plantes, ou des abeilles pour le cas des fleurs, ou encore l’homme dans le cadre de l’agriculture.

En quelque sorte donc, les plantes ressemblent aux animaux parce qu’elles sont des réalités vivantes. Mais aussi, elles ressemblent aux cailloux parce qu’elles ne se déplacent pas pour aller chercher leur nourriture. En quelque sorte, les plantes ne font aucun travail pour se nourrir et survivre.

Par contre, les animaux et les hommes (qui sont aussi des animaux) doivent travailler pour survivre. On a l’habitude de penser que ce sont seulement les hommes qui travaillent. En vérité, tous les animaux travaillent. Quand la panthère chasse, elle travaille. Quand le singe cueille des bananes, il travaille. Quand le ver de terre fouille la poubelle pour se nourrir, il travaille.

Cette notion de « travail » est fondamentale pour comprendre le phénomène de l’exploitation. Si les animaux et les hommes ne travaillaient pas, l’exploitation n’existerait pas. Les plantes ne sont pas exploitées, parce qu’elles n’ont pas la capacité de travailler. Quand on récolte du mais dans son champ, on ne dit pas qu’on « exploite » les tiges de maïs.

 

Section II : Le travail de l’homme produit un « surplus »

L’homme est un animal qui pense

L’homme appartient au royaume des animaux. Comme ces derniers, il est obligé (de par sa nature même) de bouger, de se déplacer, de « travailler » pour se nourrir et pour satisfaire à tous ses autres besoins. Mais aussi,  l’homme réfléchit. Avant d’agir, il pèse les avantages et les inconvénients de ses actes. Comme le disent les philosophes pour montrer la différence entre l’homme et l’animal : l’homme est un « animal pensant. » Et comprenons-nous bien ici : quand je dis que l’homme pense, cela ne veut pas seulement dire qu’il cherche les « pourquoi » et les « comment » des choses ; cela veut aussi dire qu’il éprouve des sentiments, des passions, des émotions. Contrairement donc à ce qu’on croit généralement, les sentiments, les émotions et les passions ne sont pas étrangers à l’acte de penser. Il y a donc dans la tête de l’homme ces réalités qui, comme nous le savons, n’ont pas de poids, de longueur, de volume, de goût, etc., et qui peuvent être manipulées par d’autres personnes sans même que nous nous en rendions compte. [C’est comme ça que le RDPC et ses alliés nous manipulent, nous transforment en jouets, à notre insu.]

Le travail de l’animal et de  l’homme permet de produire un surplus

Pour vivre et survivre, l’animal et l’homme « travaillent » (contrairement aux plantes). Et ils sont capables de produire plus de nourriture qu’ils ne peuvent en consommer. Par exemple, une panthère est capable de tuer cent biches en un jour. De la même manière, l’homme est capable de défricher et planter des dizaines d’hectares de manioc qu’il ne peut pas consommer tout seul. Cette capacité, chez les animaux et les hommes, à produire plus qu’ils ne peuvent consommer, c’est la force de travail.

 

L’animal sauvage n’utilise qu’une toute petite partie de sa force de travail

Comme nous l’avons dit, la panthère est capable de tuer des dizaines de biches par jour, bien qu’elle soit incapable de conserver cette viande pour la consommer plus tard. En effet, quand une panthère a tué une biche et qu’elle en a mangé jusqu’à être rassasiée, elle abandonne le reste à d’autres animaux tels que l’hyène. Elle ne pense plus à chasser, parce ce qu’elle est incapable de mettre les restes de la biche au frais pour le lendemain. La panthère est donc obligée d’aller à la chasse (c’est-à-dire de travailler) chaque fois qu’elle a faim. En quelque sorte, la nature à donné à la panthère une force de travail dont elle n’utilise qu’une toute petite partie. [Notons quand même, pour être juste, qu’un certain nombre d’animaux sont capables de produire des surplus et de les conserver pour les consommer plus tard ; les écureuils par exemple. Mais, contrairement à l’homme qui produit des centaines d’objets différents, l’écureuil ne « produit » et ne conserve que des noix.]

Caractéristiques de la force de travail chez l’homme

Contrairement à la panthère, l’homme peut décider de produire et de stocker des surplus même quand il n’a pas faim du tout. Il a cette aptitude parce qu’il est capable de penser. Il peut donc produire « intentionnellement » plus qu’il ne peut consommer, et stocker « intentionnellement » ce surplus de production. Par exemple, l’homme voit des nuages noirs dans le ciel et se dit : il va pleuvoir pendant plusieurs jours ; il faut donc que je fasse des provisions de bois. Ces provisions de bois constituent donc un surplus qu’il va conserver.

L’homme produit une très grande variété de surplus, parce qu’il produit une très grande variété de choses. Pourquoi ? De tous les animaux de la nature, l’homme est celui à qui la nature a donné le moins d’outils pour survivre.  Il n’a pas de fourrure comme le mouton pour se protéger du froid. Il n’a pas de griffe comme la panthère pour déchirer la viande. Il ne court pas assez vite pour attraper l’antilope ou la biche comme la panthère…Mais il a un cerveau qui pense. Il peut donc (inventer et) produire des vêtements pour se protéger du froid, des couteaux pour couper la viande, des lances pour tuer l’antilope (la lance va plus vite que l’homme et l’antilope).

La diversification des surplus et la naissance de l’échange

Dans les premiers temps de l’humanité, et pour survivre, l’homme doit donc produire une foule de choses dont les animaux n’ont pas besoin. Au début, chacun produit tout ce qui lui est nécessaire (un peu comme dans beaucoup de villages kamerunais avant la colonisation). Mais au fur et à mesure que l’expérience et les aptitudes de l’homme se développent, il « modernise » ce qu’il produit et invente de nouveaux produits pour satisfaire de mieux en mieux ses besoins. Les nouveaux produits finissent par être tellement nombreux que chacun ne peut plus s’occuper de tout produire. Les hommes commencent donc à se spécialiser. Par exemple : des gens choisissent de se consacrer davantage à l’élevage et il y a donc des agriculteurs d’une part, et des éleveurs d’autre part [C’est la « première grande division du travail »]. Puis, il y a des pêcheurs, des artisans (pour les meubles, les ustensiles, etc.). Tout ceci veut en réalité dire que les surplus produits par chacun sont de plus en plus spécialisés – l’artisan qui fabrique dix lits ne compte certainement pas dormir sur tous ces lits.

Il y a donc maintenant des surplus en nourriture, en habits (peaux d’animaux pour les premiers hommes), en boissons – vin de palme ou de raphia, etc.… et en outils (couteaux, lances, haches, houes, etc.). Les échanges (sous forme de troc) s’amplifient à un niveau tel que l’homme est obligé d’inventer la monnaie. La monnaie, c’est quoi ? C’est un intermédiaire entre les objets qu’on peut échanger, c’est-à-dire, en réalité, entre des surplus.  Expliquons-nous : Abanda a besoin d’un lit et il dispose d’un surplus de plantains à échanger contre ce lit. Mais Ekane qui a un surplus de lits n’a pas besoin de plantain ; il cherche plutôt un mouton ; et Dikoume qui a un surplus de moutons ne veut ni du plantain, ni du lit ; il veut un couteau. Vous voyez que l’affaire devient terriblement compliquée. Il faut donc inventer quelque chose qu’on puisse échanger contre n’importe quel surplus sans se casser la tête. Cette chose, c’est la monnaie, qui est donc liée essentiellement à la production des surplus.

L’invention de la monnaie indique donc deux choses :

  • que la diversité des surplus produits ne permet plus le troc, comme nous venons de le voir.
  • mais aussi, qu’il y a maintenant quelque chose de communautaire, de social dans la production des surplus (puisque l’homme ne produit plus seulement pour lui-même, pour prévoir l’avenir, mais pour échanger). En quelque sorte, les surplus qui, au départ, étaient uniquement destinés à être conservés, deviennent des « surplus échangeables » (Notez qu’on n’est pas encore dans le domaine du commerce, qui suppose la spécialisation d’un groupe d’hommes dans l’échange).

Jusqu’ici, tout va bien et chacun est maitre de soi-même. Il produit ce qu’il veut, selon les quantités qu’il veut. Il échange contre ce qu’il veut et avec qui il veut. Il ne reçoit d’ordres de personnes et sa survie dépend entièrement de lui, et de lui tout seul. C’est peut-être cela le paradis dont parlent les livres religieux. Ce paradis-là n’existe plus. Il a cédé la place à l’enfer de l’exploitation de l’homme par l’homme.

Section III : La confiscation permanente des surplus par l’aliénation de la force de travailde l’homme

La production de surplus par l’exploitation de la force de travail des animaux

 

Dans les premiers temps de l’humanité, le travail de l’homme consiste à faire la chasse aux animaux et à cueillir des fruits et des racines. C’est pour cela qu’on a dit que les premiers hommes vivaient de chasse et de cueillette. Plus tard, l’homme domestique les animaux. Il le fait pour deux raisons :

  • conserver des surplus de viande (protéines) pour ne plus avoir à chasser chaque fois qu’il a faim (comme le fait la panthère) et économiser ainsi sa force de travail – Nous verrons une autre fois comment le désir chez l’homme d’économiser sa force de travail est l’une des principales raisons qui le poussent à inventer toujours de nouvelles choses et de nouveaux outils ;
  • utiliser la force de travail de l’animal pour produire des surplus. Ici, l’homme regarde le bœuf et il dit :

« Voyez-moi un mbutuku comma ça ; donc tous tes muscles là, c’est seulement pour brouter l’herbe toute la journée ? Ah mof mi dé ! Si tu ne sais pas ce qu’on peut faire avec des muscles, je vais te montrer le corrigé. D’ailleurs, il y a un proverbe qui dit que si tu trouves ton mugu, il faut le tromper. »

L’homme attèle (attache) le bœuf à une charrue pour faire de l’agriculture. Bien évidemment, avec le bœuf, il produit beaucoup plus de maïs (ou de macabo, ou de patates) qu’il ne pourrait le faire tout seul. Puis il laisse le bœuf aller brouter, c’est-à-dire, travailler maintenant pour se nourrir lui-même. C’est vrai qu’aujourd’hui, l’homme procure du fourrage au bœuf. Il achète peut-être ce fourrage. Mais le prix du fourrage fournit au bœuf est-il égal à la totalité de celui du maïs (ou du macabo, ou des patates) que le bœuf a produit ? Bien sur que non. Il y a donc exploitation du travail du bœuf par l’homme. De la même manière, il y a exploitation du travail du chien quand l’homme le domestique pour s’en servir à la chasse (il mange la bonne viande et lui jette les os). On peut citer de nombreux autres exemples d’exploitation de l’animal par l’homme.)Note : La question de savoir si l’exploitation de l’animal par l’homme est bonne ou mauvaise ne nous intéresse pas ici.

La confiscation des surplus conservables chez l’homme

 

Pour ce qui concerne l’exploitation de l’homme par l’homme, on pourrait être tenté de penser que ça se passe comme avec le bœuf. On pourrait penser que les exploités sont les mugu des hommes intelligents de la société.  Mais regardons autour de nous. Avez-vous l’impression que les riches au Kamerun, en Afrique ou ailleurs dans le monde sont nécessairement les gens les plus intelligents de la société ? Si le fils d’un homme riche nait bête, est-ce qu’il va cesser d’être un fils de riche et de vivre richement ? En réalité, l’exploitation de l’homme par l’homme ne se fait pas de la même manière que l‘exploitation de l’homme par l’animal. Elle comporte beaucoup de petits mystères qui font croire aux gens que les riches sont riches parce qu’ils sont très intelligents ; parce qu’ils ont beaucoup travaillé ; parce qu’ils ont vendu des arachides plus que les autres vendeurs ; ou parce que l’école rend riche, etc. [A propos de l’école, en quoi le fait d’y aller et de travailler ensuite dans un bureau climatisé produit-il  un « surplus » conservable et échangeable ?]

Imaginons maintenant un groupe d’hommes qui se disent entre eux :

« Mes amis, pourquoi devons-nous souffrir à travailler alors que la capacité des autres hommes à produire des surplus peut nous permettre de vivre  sans travailler ? Imaginez comment la vie serait belle si nous pouvions passer la journée à manger du bon porc-épic, du ndomba de vipère bien pimentée, du mintumba qui vient de chez Batjomb, le bon ndolè de chez Nanga Diboussi, le Koki que fait Youmoun les dimanches. On arroserait tout cela du bon vin de palme de chez Ovoundi. On dormirait sur des nattes décorées par Djibril. On aurait davantage de temps pour le songo, les courses de pirogues et la lutte traditionnelle. On aurait plein de temps pour nous amuser et même pour aller visiter le village voisin qui s’appelle Mbengue. Allons, n’ayons pas froid aux yeux, les amis !Voler leurs surplus de temps en temps comme nous le faisons déjà n’est pas la solution. Et puis, c’est dangereux. Il faut trouver le moyen de faire que la totalité des surplus nous reviennent en permanence. »

La suite, vous l’imaginez. Ils se saisissent des armes qui servent habituellement à faire la chasse. Ils s’organisent en groupe armé et tournent leurs armes contre les autres hommes de la tribu. En d’autres mots, ils assujettissent les autres hommes. Ils en font des esclaves. Et les hommes se mettent à exploiter d’autres hommes de la même manière que l’homme exploite le bœuf. Pour la première fois, la société est divisée en deux groupes, non pas en fonction du sexe ou de l’âge, mais en fonction de la place que chacun occupe dans la production des biens qui permettent à l’homme de vivre et de survivre. (Nous verrons dans d’autres leçons comment naissent les autres classes sociales).

Etant donné que les nouveaux maitres ne peuvent pas bien jouir de la vie si eux-mêmes passent leur temps à surveiller les esclaves dans les champs, ils recrutent d’autres hommes auxquelles ils confient le travail de surveiller les esclaves. Ils leur donnent des armes et les payent avec une fraction du surplus produit par les esclaves. C’est ainsi que naissent la police, la gendarmerie et l’armée. De la même manière, ils recrutent des gens pour gérer les surplus que la confiscation de la force de travail permet de générer. C’est ainsi que nait l’administration. Et ils mettent en place un corpus de règles pour protéger la société contre tout changement qui ne serait pas désiré et organisé par eux. Ces règles, ce sont les lois.

Or, malgré toute leur bonne volonté, les « gens d’armes » ne peuvent pas surveiller les esclaves tout le temps, même la nuit quand ils dorment. Nous avons dit plus haut que l’homme est différent de l’animal parce qu’il pense. Il se pose des questions et cherche des réponses. Et les réponses qu’il peut trouver peuvent l’amener à la révolte. Il faut donc que les nouveaux maîtres trouvent le moyen d’empêcher les nouveaux esclaves de penser, ou mieux encore, de les empêcher de voir leur nouvelle situation telle qu’elle est en réalité. Ils utilisent pour cela ces réalités qui n’ont pas de poids, de longueur, de volume, de goût comme nous avons vu tout à l’heure, et qui sont les idées, les sentiments, les passions, les émotions. Ils inventent une théorie qui dit que « le monde sera toujours comme ça ; il y aura toujours des maitres  et des esclaves; les doigts de la main ne sont pas égaux ; c’est Dieu qui met chacun à sa place dans la société ; nous devons aimer avec passion notre village parce que c’est le plus beau de la terre ; les autres villages sont habitées par des barbares (des « belobelobo » ou des « Nkpwa’ »), et ces gens-là, (horreur suprême !), mangent le macabo sans y mettre du sel ! Etc.

(Tout ceci ne vous semble pas familier ?). Cette théorie, ces idées, ces sentiments (y compris nationalistes) etc., constituent ce qu’on nomme l’idéologie.

Le nouveau groupe d’hommes armés et cette idéologie, avec d’autres choses dont nous parlerons plus tard, forment ce qu’on nomme l’appareil d’Etat[1]. Comme vous le voyez donc, l’Etat, c’est un appareil pour contrôler les hommes ; il ne faut pas le confondre avec l’administration, qui est chargée de gérer les biens, c’est-à-dire les surplus produits. [Encore une fois, vous voyez que tout tourne autour des surplus et de la force de travail].

Pour mieux comprendre cette notion d’Etat, prenons l’église catholique qui est au Kamerun et comparons-la avec la Guinée équatoriale. L’église catholique au Kamerun a plus d’écoles, de dispensaires, d’enseignants, de personnel soignants, etc. que la Guinée équatoriale. Elle a une hiérarchie qui va du petit curé de brousse à l’archevêque. Ses membres dépassent en nombre la population de la Guinée Equatoriale. Qu’est-ce qui lui manque pour qu’elle soit comparable à la Guinée équatoriale ?  C’est évident : elle n’a pas de prisons, de policiers, de gendarmes, de tribunaux, de juges… En un mot, elle n’a pas d’appareil d’Etat.

Avec la division de la société en classes (exploiteurs et exploités), nous entrons dans des périodes d’interminables conflits, qui ne pourront s’achever que le jour où les producteurs seront à nouveau libres d’utiliser leur force de travail à leur propre profit. [Que penser de la paix dont se vantent les militants du RDPC et le Renouveau ?] Tous les conflits dans la société naissent de la confiscation de la force de travail des uns par les autres. Et l’Etat sert à perpétuer cette confiscation.

Etant donné que l’homme est un être pensant comme nous l’avons vu tout à l’heure, les nouveaux esclaves ne cessent de réfléchir à leur nouvelle situation malgré l’idéologie du maitre, qui dit que « le monde sera toujours comme ça ; il y aura toujours des esclaves et des maitres ; les doigts de la main ne sont pas égaux ; c’est Dieu qui met chacun à sa place dans la société », etc. Les opprimés tentent de se libérer en se regroupant dans des associations, puis des syndicats, et plus tard, des partis politiques. Ils créent eux-aussi leur propre idéologie, qui dit tout le contraire de ce que dit l’idéologie de l’exploiteur. Cette idéologie dit que « le monde n’a pas toujours été comme ça ; qu’il n’y pas toujours eu des esclaves et des maitres ; que s’il est vrai que les doigts de la main ne sont pas égaux, il n’y a pas de raison que la nature et la société fonctionnent de la même manière ; »etc. Nous avons donc maintenant dans la société plusieurs idéologies qui reflètent plusieurs types d’intérêts sociaux, c’est à dire plusieurs types de rapports que les gens ont avec les surplus produits par les travailleurs. Tout ceci veut en réalité dire que les conflits de classes sont le fondement(oula base) des conflits d’idées et d’opinions qui existent dans la société, même si, en général, cela n’en a pas l’air.

Nous verrons tout cela de manière plus concrète, lors de notre prochain cours, en étudiant « l’exploitation de l’homme par l’homme et les résistances populaires au Kamerun. »

[1]Plus tard durant votre formation, il vous sera expliqué que l’Etat nait au-dessus de la société pour mettre fin aux antagonismes ou conflits entre les premières classes sociales, mais qu’il finit par devenir un instrument de domination d’une classe sur les autres. Pour le moment, contentons-nous de l’explication simplifiée de ce cours, qui qui donne une idée générale du phénomène de la naissance de l’Etat.

2018-08-22T06:33:08+00:00

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